Monsieur l'Ambassadeur,
Ce n'est pas le sénateur, de la République, encore moins le 7e vice-président de la Chambre Haute du Parlement, qui vous adresse cette lettre. Ce n'est pas non plus, la journaliste professionnelle de la communication qui reprend sa plume. C'est la citoyenne sénégalaise tout court, choquée par vos propos, qui vous interpelle à travers cette lettre ouverte.
Monsieur l'Ambassadeur de France au Sénégal, pendant la cérémonie de signature d'un prêt de 125 millions d'euros, soit 82 milliards de Fcfa avec le ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances, vous avez déclaré, je vous cite de mémoire : ‘Il n'y a pas de secret au Sénégal. Le Sénégalais sait tout et il croit tout savoir, il parle beaucoup et dit n'importe quoi.’ Ce jugement de valeur totalement négatif venant du plus haut représentant de l'Etat français au Sénégal nous a paru déplacé, choquant voire méprisant et insultant.
Serait-ce trop vous demander, Excellence, que d'avoir un peu plus de respect et de considération pour le Pays dans lequel vous êtes accrédité, pour son Chef qui a bien voulu recevoir vos lettres de créances et pour son Peuple qui vous a accueilli avec son hospitalité légendaire et sa Téranga coutumière ? Il y a moins d'une semaine, lors de la session budgétaire du Sénat, je rappelais au ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères que malheureusement la diplomatie avait perdu deux de ses principaux oripeaux ‘le Devoir de réserve et le Devoir de non ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat souverain.’ Certes, nous le savons, Excellence, vous n'êtes pas un diplomate de carrière. Vous êtes entré dans la diplomatie par effraction. Vous êtes un écrivain célèbre, dit-on mais un écrivain, fut-il académicien est un artiste et un artiste, reste toujours un non formaliste. Lorsque vous écrirez un livre sur le Sénégal, personne ne s'offusquera de vos jugements de valeur et de vos sentiments quels qu'ils soient. L'ère du paternalisme à la Mitterrand est révolue et la coopération à la bonne franquette de l'ère Chirac est aussi terminée. Avec le président Nicolas Sarkozy, nous sommes dans une dynamique nouvelle de partenariat gagnant-gagnant. Donc en attendant vos mémoires sur le Sénégal tant que vous serez dans vos habits d'Ambassadeur, faites bien attention à votre langage, à vos prises de positions : Il y a quelque temps, vous vous êtes permis une sortie époustouflante sur la situation politique et économique de notre pays. Vous venez de récidiver.
Faites bien attention Excellence. Rappelez-vous que vous êtes au pays du poète-président Léopold Sédar Senghor, chantre de la négritude, théoricien du grand Rendez-vous du Donner et du Recevoir, de l'Enracinement et de l'Ouverture, immortel avant vous, parce que membre de l'Académie française jusqu'à sa mort.Rappelez-vous que vous êtes au pays du président Abdou Diouf, formé à l'Ecole de la France d'outre-mer, major de sa promotion, un énarque civilisé et policé.N'oubliez pas Excellence que vous êtes au pays du président Abdoulaye Wade, panafricaniste résistant à toute velléité d'oppression, homme de dignité et de refus, allergique comme son peuple aux tics et réflexes incontrôlables d'anciens colons arrogants et suffisants.Vous êtes au pays d'adoption de votre compatriote Madame Viviane Wade, toubab d'ethnie Wolof, charmante Première Dame qui se fond et se confond avec le Peuple.Vous êtes enfin au pays du célèbre Cheikh Ahmadou Bamba, Khadimou Rassoul qui, 33 ans durant, a tenu tête aux autorités coloniales françaises avec comme seule arme sa foi en bandoulière. Excellence, il est temps de vous ressaisir ; Il faut que l'Immortel Ruffin redescende sur terre et revienne avec nous mortels sur cette terre sénégalaise, arrosée du sang de nos héros dont la plupart sont tombés au champ d'honneur pour la France et dont la devise est devenue celle de notre armée nationale : ‘On nous tue, on ne nous déshonore pas’. Tout l'argent du Monde, encore moins 82 malheureux milliards de Fcfa prêtés, donc remboursables avec intérêt, ne suffisent pas pour souiller notre honneur et nous faire ravaler notre dignité.
Par ma voix, le petit Sénégalais lambda réclame des excuses publiques pour avoir été gratuitement et injustement vilipendé et diffamé sur toutes les chaînes de TV et de Radio.
Plus jamais ça Excellence ! Sans rancune et avec respect.
Mme Sokhna DIENG MBACKE Sénateur et 7e Vice-Président du Senat Tél : 77 638 15 83
Walfadjri. |