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Le
Sénégal précolonial
L'inventaire des sites préhistoriques et les
données fournies par la tradition orale conduisent
à penser que le peuplement du Sénégal
précolonial s'est effectué à partir
du nord et de l'est, avec l'arrivée de plusieurs
vagues migratoires
Les premiers arrivés, appelés " petits
nègres ", ont été progressivement
refoulés vers le Sud par les " grands nègres
".
La dernière grande invasion serait celle des
Wolof, des Peul et des Sereer (ou Sereer), appartenant
tous au groupe Bafour dont l'éclatement en plusieurs
rameaux semble en corrélation avec la pression
almoravide. Sur le haut fleuve, le Namandirou, pays
riverain de la Falémé, a servi de lieu
de transit et de passage pour les Manding avançant
vers la Sénégambie et se mêlant
d'abord aux Soninké. puis aux Sereer et aux Wolof.
L'histoire du Sénégal précolonial
est surtout caractérisée par l'existence
de royaumes ou d'États qui furent progressivement
morcelés.
La formation de l'empire du Jolof (ou Djolof), contemporaine
de l'expansion almoravide, est attribuée à
Ndiadiane Ndiaye, probable fils du chef alimoravide
Aboubacar Ben Omar et de Fatoumata Sall. De cette union
naquit Abou Dardaï qui finit par porter le nom
de Ndiadiane en raison des miracles qui entourent sa
venue au Jolof.
Au XV siècle, l'espace compris entre les fleuves
Sénégal et Gambie appartenait à
une seule entité politique : le Jolof. À
la faveur de l'affaiblissement de l'empire du Mali,
le Gabou s'en détacha et devint un État
indépendant s'étendant de la Gambie au
nord de l'actuelle Guinée-Bissau.
Au XVI siècle, les dissidences du Cayor, du Baol,
du Wallo, du Sine et du Saloum eurent raison de son
unité. Le Jolof se réduisit aux limites
d'un royaume très modeste.
En 1512, après de longues pérégrinations,
les Peul, sous la direction de Tenguella et de son fils
Koly, fixèrent leur habitat an Fouta Toro et
créèrent un État, le Fouta Deyanke
qui y subsista de 1512 à 1776. Cet État
fut mis à rude épreuve par les Maures
qui espéraient le soumettre à leur autorité.
Après avoir proclamé son indépendance,
le Gabou essaya de tirer parti de sa position de contact
entre les Européens et leurs alliés du
littoral d'une part, et les Diola de l'arrière
pays d'autre part. Les immenses avantages matériels
qu'ils reçurent des uns et des autres incitèrent
les souverains à renforcer leur autorité
sur les différentes provinces. Mais les sociétés
Baïnouk et Diola refusèrent de dissoudre
leur identité dans celle du Gabou et s'enfoncèrent
dans leurs forêts où elles pouvaient conserver
leur autonomie et leurs genres de vie.
Au XVIII siècle, les méfaits de la traite
affectaient toutes les catégories des sociétés
africaines. On assistait alors à un grand émiettement
politique ; les entités étaient circonscrites
à des ethnies passant le plus clair de leur temps
à se faire la guerre.
Pendant la même période, les Diola manding
impliqués dans le trafic négrier répandirent
l'islam le long de leurs itinéraires. Les néophytes
se servirent de cette religion comme arme de combat
pour essayer de refonder leurs entités politiques
sur les plans social, économique et moral.
Des
royaumes au " temps des gouverneurs " : la
conquête coloniale
Au
début du XIXe siècle, les possessions
françaises sont peu nombreuses, dispersées
et de faible étendue. Héritiers des comptoirs
de traite esclavagiste établis au XVII siècle,
ces points de rencontre du commerce maritime et continental
n'ont alors qu'une activité réduite :
c'est le cas de Saint-Louis, Gorée, Rufisque,
Portudal ou Joal, tandis que certains centres, tel Podor,
sont ruinés ou détruits. Jusqu'à
l'arrivée de Faidherbe et à la diffusion
de l'arachide comme culture commerciale, les progrès
de l'impérialisme restent limités quelques
gouverneurs tentent de relancer le commerce de la gomme
sur le fleuve Sénégal, mais la reconstruction
des établissements de traite se heurte à
l'hostilité des populations maures et toucouleur.
En 1822, alors que les Anglais contrôlent le trafic
sur la Gambie, Gorée fonctionne comme un port
franc mais les activités commerciales sont partout
réduites, en particulier le long du Fleuve où
les négociants sont soumis au système
des " coutumes ". taxes douanières
imposées par les Maures qui domine la rive droite.
A
partir de 1850, la politique coloniale française
change : les besoins accrus en matières premières
destinées aux industries manufacturières
et la progression de " l'idée coloniale
", favorisée par les rivalités impérialistes,
conduisent à une stratégie d'occupation
et de mise en valeur à partir des anciens comptoirs.
L'espace sénégambien devient alors un
objet de conquête, une première étape
sur la route du Soudan occidental. Cette politique est
mise en œuvre par Faidherbe : en dix ans ( 1854-1864),
tout le littoral compris entre les fleuves Sénégal
et Saloum passe sous la domination française,
des postes militaires sont construits en Casamance,
et des traités de protectorat permettent de contrôler
la vallée du Sénégal malgré
la vive résistance d'El Hadj Omar Tall (attaque
de Médine, puis repli vers l'est pour construire
un État indépendant).
L'expansion coloniale est accélérée
après 1876 ; il s'agit d'atteindre le fleuve
Niger, ce qui implique un contrôle total du Sénégal.
Les campagnes militaires se heurtent alors à
de violentes résistances intérieures :
Maba Diakhou Ba tente d'unifier les pays situés
au nord de la Gambie et Lat Dior Diop au Cayor ; Alboury
Ndiaye et Mamadou Lamine Drame, sur le haut Fleuve et
au Boundou, s'opposent par les armes à la pénétration
coloniale. En Casamance, la résistance est conduite
par des chefs religieux comme Fodé Kaba Doumbouya,
mais elle est aussi l'œuvre des populations forestières,
en particulier en pays Diola et Balant. L'absence de
coordination de tous les mouvements et les rivalités
internes ont cependant favorisé la mainmise extérieure
: en 1891, la conquête est pratiquement terminée.
Alors commence le " temps des gouverneurs ".
De
l'ordre colonial à l'indépendance
Les
limites administratives de la colonie fusent fixées.
en 1904, après la création de l'Afrique
occidentale française (AOF-1895) et le transfert
de la capitale fédérale de Saint-Louis
à Dakar (1902) -, celle-ci, détachée
du Sénégal, formait un territoire particulier,
Saint-Louis demeurant la capitale du pays jusqu'en 1957.
 Tandis
que la construction du chemin de fer Dakar-Niger favorise
la diffusion de l'arachide dans les campagnes, l'accroissement
de la production s'accompagne alors d'une véritable
conquête agricole à l'est du pays wolof,
sous la conduite des marabouts mourides.
Jusqu'en 1945, l'organisation politique du Sénégal
est une parfaite illustration de " l'ordre colonial
" : du commandant de cercle au gouverneur règne
un système hiérarchique, autoritaire,
immuable. Seuls les natifs des " quatre communes
" (Dakar,
Gorée, Rufisque, Saint-Louis) ont le privilège
d'élire leurs conseils municipaux et d'envoyer
un député au Parlement français
(Blaise Diagne est élu en 1914) ainsi naît
une classe politique sénégalaise, qui
va trouver un terrain d'expression parlementaire après
la Seconde Guerre mondiale avec les institutions créées
par la nouvelle politique coloniale.
Dès 1945, deux députés sénégalais,
Lamine Gueye et Léopold Sédar Senghor
siègent à l'Assemblée constituante
française.   En
1946, une Assemblée territoriale du Sénégal
est élue au collège unique : elle désigne
des parlementaires qui représentent leur pays
et obtiennent de grandes améliorations (liberté
de réunion et d'expression, abolition du travail
forcé). L'activité politique s'accompagne
de la création de partis distincts des organisations
métropolitaines (fondation du Bloc démocratique
sénégalais en 1948). alors que poètes,
romanciers et historiens animent une intense vie culturelle.
Préparée par la loi-cadre de 1956, qui
renforce les pouvoirs de l'Assemblée territoriale,
l'évolution vers l'indépendance est accélérée
par la création de la Communauté, recoupant
des républiques autonomes et dont le Sénégal
devient un État membre après le référendum
du 28 septembre 1958.
  Associés
au sein de la Fédération du Mali depuis
janvier 1959, le Soudan et le Sénégal
demandent l'indépendance qu'ils obtiennent ensemble
dans le cadre unitaire, le 4 avril 1960 (date de la
fête de l'indépendance). Mais la Fédération
du Mali éclate, et le 20 août 1960, l'Assemblée
sénégalaise proclamé l'indépendance
du pays.
Léopold Sédar Senghor est élu Président
de la République sénégalaise le
5 septembre 1960. Il est réélu le 28 février
1978 et démissionne le 31 décembre 1980.
Abdou Diouf, qui lui a succédé, est élu
Président le 27 février 1983 et réélu
le 21 février 1993. Le nouveau président,
Abdoulaye Wade, en gagnant le scrutin du 19 mars 2000.
est devenu le troisième Chef de l'État
sénégalais.
D'après Iba Der Thiam et Mbaye
Guèye, Atlas du Sénégal, édition
Jeune Afrique, 2000.
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