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Forum Discussions générales 
Sujet Gouvernement africain 
Auteur Pathé MBODJE 
Date de création 05/07/2007 09:26:16 
Message Emotionnelle au début, pragmatique aujourd'hui, l'unité africaine se veut
sans équivoque, quand les mécanismes de la reproduction de la domination
ne seront plus. L'idée est toujours là, éternelle ; mais elle semble
vouloir épouser plus un DuBois, un Garvey, un N'krumah ou un Cheikh Anta
Diop nouvelle formule qu'un Mouammar khadaffi et ses affidés. Même noirs.

Pan Sur le Panafricanisme

ou Panne de l'Africanisme ?


Par Pathé MBODJE,

Journaliste, sociologue


Une belle idée qui hante la conscience des Africains flotte depuis la
nuit des temps autour de l'Unité africaine et a dominé les travaux
préparatoires et la rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement du 9ème
sommet de l'organisation panafricaine tenu à Accra, au Ghana, pays de
Kwame N'Krumah. Mais devant de piètres avocats, elle n'aura pas trop
progressé cette année non plus, avec le retour forcé à la victoire de
Casablanca sur Monrovia, comme en 1963.

Des copains associés et regroupés principalement au sein de la Communauté
des Etats soudano-sahéliens créée et entretenue par le Guide de la
révolution libyenne (terme officiel qui a failli gâcher la fête) ont
essayé, à Accra, d'imposer le gouvernement continental africain au pays de
N'krumah, le 2 juillet dernier. Ils ont échoué : le groupe mené par
l'Afrique du Sud et une partie des pays du Maghreb (l'Egypte, pour ne pas
la nommer) s'est opposé à l'idée, préférant privilégier la consolidation
de l'étapisme des cercles concentriques (les grands ensembles
sous-régionaux). D'où la furie du Sénégalais Abdoulaye Wade qui a estimé
qu'il ne fallait pas inverser la préposition et qu'il faudrait, au
contraire, partir du général (le politique) pour aboutir au particulier (l
'économique) ; sans résultat. Depuis, le rêve du premier gouvernement
africain hante l'esprit des Africains qui butent cependant sur la
méthodologie à employer. L'idée avait déjà été défendue par une partie des
pères des indépendances en 1963 avec l'Organisation de l'unité africaine
(OUA) et resurgit à intervalles plus ou moins réguliers, selon les
préoccupations de l'heure.

Du 19 au 22 septembre 2006 à l'Unesco, dans la foulée du prix
décerné au président Abdoulaye Wade, des intellectuels de divers horizons
ont scruté le Cinquantenaire du Premier Congrès des Artistes et Ecrivains
Noirs, sorte de Bandong culturel de la diaspora tenu à Paris en 1956. Ils
ont scruté la mémoire collective des Africains de l'époque qu'ils ont
cherché à transposer au jour d'hui, mutatis mutandis, soit les questions
de l'identité, de la diversité et des solidarités culturelles, de l'
évolution politique, de la décolonisation et de la démocratie, du développement de la pensée
contemporaine, de l'éducation, du monde noir aujourd'hui et de la question
raciale, de l'économie politique, de la mondialisation et de la nouvelle
gouvernance, de la dynamique des cultures et des religions, de la
mondialisation du Jazz, de la solidarité, des femmes dans la dynamique du
développement contemporain, mais aussi de la jeunesse. Un kaléidoscope de
préoccupations majeures sur lequel les experts africains ainsi que leurs
frères et sours de la diaspora ont jeté un regard critique avant de sortir
une déclaration finale rendant hommage aux pionniers que furent les
congressistes de 1956 et exposant les principes, les enjeux et les
recommandations du Cinquantenaire du 1er Congrès International des
Ecrivains et Artistes Noirs (1).

Il n'y était évidemment pas question d'unité africaine, encore moins du
gouvernement de l'Union, pour des intellectuels plus préoccupés de
l'affirmation de la personnalité du Noir, au lendemain du mouvement des
Césaire, Senghor, Damas et autres. Depuis lors, un certain empirisme
enseigne que les idées des Noirs ont balancé plus sur la peur de
l'assimilation par l'autre et le désir d'une affirmation de la réalité
culturelle du Nègre, quels que soient ses lieux de résidence et son statut
social.

L'indépendance entrevue à partir des années 60 avait partiellement et
localement laissé croire à une puissance qu'il fallait décupler en
s'unissant ; Senghor initiera la Fédération du Mali avec le Soudan
français, la Haute Volta, le Niger et la Côte d'Ivoire et vérifiera
aussitôt la force inhibitrice de la puissance coloniale, de toutes les
Nations impérialistes, plus soucieuses de la balkanisation des anciennes
colonies que d'un regroupement de micro-Etats. La lutte continuait.

Déjà, l'invasion de l'Erythrée le 3 octobre 1935 par les troupes du
général Badoglio avait laissé comprendre la nécessité d'une lutte à
l'échelle du continent et de la diaspora pour l'affirmation de la dignité
noire : la crise éthiopienne entamée le 5 décembre 1934 avec un incident
frontalier ayant opposé les troupes italiennes à celles de l'Erythrée sera
le prétexte à l'"Anschluss" italien sur l'Erythrée le 3 octobre 1935,
devant les crises internationales entamées avec le jeudi noir de New York
et le crack boursier qui sera favorable à Hitler et ouvrira la voie à la
Deuxième guerre mondiale. Avec l'occupation italienne d'Addis Abeba, le
Négus quitte précipitamment son pays et le roi d'Italie est proclamé
empereur d'Ethiopie. Les Noirs, en Amérique, (le terme était moins
culturellement chargé, au contraire du mot "Nègre") ont fait la chasse aux
Italiens de New York pour leur faire la peau et venger ainsi ce qui leur
apparaissait comme une offense à plusieurs milliers de kilomètres de là,
sur l'ancien continent : ils avaient en effet directement lié leur sort,
chez l'Oncle Tom, à celui des Africains du continent, dans une relation
dialectique.

La même démarche aurait pu être adoptée, en direction d'Accra, le poids
de la diaspora étant proportionnellement aussi importante que la taille
des populations africaines. On s'est contenté de bâtir par le sommet en voulant coûte que coûte impliquer les populations après coup ou en faisant
une tournée africaine pour se désigner plus comme président que comme
défenseur d'une idée qu'il fallait exposer et recueillir les réactions,
plutôt que de vouloir l'imposer en en oubliant les sources nègres. Syrte
avait en effet ouvert le bal le 9 septembre 1999 (09/09/99, chiffre qui
devrait intéresser les « numérologues »), après l'allégeance des Etats
soudano-sahéliens à un ancien terroriste soudain à nouveau fréquentable,
même pour les grandes puissances.


Or, toute étude devrait aboutir à la conclusion que le Maghreb actuel n'
est pas une référence en matière de droits de l'homme : l'intégrisme et l'
intolérance religieuse y sévit partiellement (Egypte, Maroc, Algérie) et
la trop forte prégnance de l'Etat sur les individus étouffe les autres
(Libye, Tunisie). Alors les craintes, les doutes, les divergences et l'
absence de méthode et de stratégie ont emporté une idée mais ne signifient
pas la mort de l'idée : Accra n'était pas un rendez-vous à ne pas rater,
mais un lieu de régénérescence d'une vision qu'il faut réadapter à la
situation nouvelle. Emotionnelle au début, pragmatique aujourd'hui, l'
unité africaine se veut en effet sans équivoque, quand les mécanismes de
la reproduction de la domination ne seront plus.

A l'époque, le sud du continent ployait sous l'apartheid et le reste était
sous domination. La charge émotive était plus forte. Aujourd'hui, la chute
du bouclier austral ne compense pas totalement l'agitation de l'est et du
centre du continent avec la même domination modulée, aseptisée. La
pacification du continent est un préalable : l'Europe n'aurait jamais
intégré Jaruzelski, même si elle s'accommode des jumeaux polonais actuels.



(1)- Dr.Souleymane Anta NDIAYE,
Premier Conseiller, Délégation permanente du Sénégal à L'UNESCO
Paris, e-mail : souleyanta@yahoo.fr, Décembre 2006.
 
      
Responses
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Auteur incqwzmuxq 
Date de création 27/07/2010 03:49:08 
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